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La rente pourra-t-elle acheter la dissidence ?

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Que peut la manne financière ou la « rente » face à la contestation ? C’est à cette question que se sont attelés à répondre les différents intervenants au 5ème panel du colloque international El Watan et IME, « le printemps arabe : entre révolution et contre-révolution ? ».

Cette séance, présidée par la sociologue Sarah Ben Néfissa, a vu les contributions de Myriam Catusse, politologue, attachée de recherche au CNRS, Fatiha Talahite, économiste et chercheur au CNRS, ainsi que Fouad Abdelmoumni, consultant international en micro-finances et acteur de la société civile marocaine.

Tout d’abord, une vue globale quant à la question sociale à l’heure du printemps arabe, exposé par Mme. Catusse. Les soulèvements sociaux ne sont pas nouveaux dans les pays de la région, que cela soit contre la précarité de l’emploi ou du logement, la cherté de la vie, etc. Ces mouvements touchaient l’ensemble des corporations et des secteurs, bien que, justement, séparés et sectorisés. Seulement, les cycles de soulèvements de cette année 2011 exigent avant tout la dignité, et remettent en cause les politiques sociales des régimes contestés. Ces derniers disposaient de, par exemple, la fiscalité, comme arme afin de tenter d’acheter la paix sociale. «Mais la rente n’achète pas la paix sociale », a affirmé Mme Catusse. Mais les pouvoirs publics peuvent tenter de le faire, comme l’a fait le gouvernement algérien depuis l’intensification de la contestation sociale.

«La rente pourra-t-elle acheter la dissidence ? L’Algérie a offert des gratifications pour désamorcer les crises. Mais entretenir et financer la demande sociale n’y arrive pas, comme on l’observe », a estimé Mme Talahite, en abordant l’économie politique du système algérien. Logements sociaux, emplois jeunes, systèmes d’insertion des chômeurs, microcrédits, augmentation salariale, etc. Les dépenses ont été faites à tout va, afin de contenter les revendications.  «Ce qui n’est pas, dans l’absolu, une mauvaise chose. Bien au contraire, au vu de la demande sociale. Cela est l’un des effets positifs du printemps arabe et de la mobilisation dans les pays voisins, qui, même s’il n’a pas pris en Algérie, a influé sur le comportement du gouvernement algérien, et des états rentiers en général », a poursuivit l’économiste. Toutefois, cela sans prendre en considération la contrepartie et le poids de ces dépenses sur les caisses de l’Etat. «C’est un effet d’aubaine. Mais cette politique n’a pas vocation à être poursuivie. Il y aura un retour de bâton, et il faut s’attendre à la répression une fois ces mouvements essoufflés », a-t-elle conclut.

Ce qui ne peut plus prendre au Maroc, a considéré pour sa part Fouad Abdelmoumni, dans son intervention ayant trait à la fin du système de corruption comme garant du statu-quo au Maroc. « La situation qui y prévalait était dominée par la prédation et la cooptation des ressources du pays, car toutes les élites, politiques ou économiques, ont été corrompues par le régime », a expliqué M. Abdelmoumni. Seulement, ces systèmes sont en fin de cycle. «Le gap crée par la frustration entre acquis et attentes devient énorme. La montée des revendications liées aux printemps arabe ont fait lâcher du lest par le régime. Elles ont répondu par des mesures d’aides et de subventions socio-économiques », a-t-il poursuivit. Et ces promesses ont toujours cours afin de calmer la protesta. «Mais le problème est que les structures économiques n’ont pas été révolutionnées, et ne peuvent pas forcément suivre. Les efforts sont en bout de souffle. Le triptyque : répression, manipulation et corruption n’a plus prise. Le mur de la peur est tombé, mais il n’y a aucune alternative », a-t-il conclut.
Ghania Lassal

 

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