Harraga

Pense à ta maman !

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HARRAGA* … OU LES RAISONS DE LA COLERE !

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Mais pourquoi t’obstines-tu à partir
A traverser les mers en nous laissant
Tu t’aventures à mettre en péril ta précieuse vie.
Pour t’exiler, en renonçant à nous
Ce voyage n’est pas légal
Et sa fin peut être malheureuse
L’embarcation est petite et en bois pourri
Et tu risques de te noyer sans pouvoir nous revenir

Ne me blâme pas, et laisse moi partir
Je tente ma chance, même dans le désert
Ton gars a le cœur meurtri,
S’il vit, il ne possède rien, et s’il meurt, il n’aura rien à léguer.
Depuis l’âge où j’étais bébé dans le berceau
La réussite ne m’a jamais rendu visite
Que je vive dépecé ou égorgé
Il n’y a pas de différence, les deux sont des calamités

Même si tu arrives à partir loin
En te retrouvant errant en étranger
Qui peut garantir que tu sois heureux
Alors que tu n’auras ni être cher, ni compagnon, ni proche
Tu vivras alors malheureux, seul en solitaire
Tu sais que ce temps est traître et difficile
Tu ne trouveras aucune pitié, et les cœurs sont en fer
Reste avec nous et sois brave

Je pars, je m’exile en traversant les mers
Même si je dois le faire à la nage
Je ne peux plus tenir, car j’en souffre bien
Alors, je pars même si c’est sur une planche
Ce qui m’importe, c’est d’arriver et de voir
Les pays de l’abondance, la paix et la quiétude
Là, je vivrai dans la joie et heureux
Dans quelque villa, avec jardin et cour

Même si tu es gavé de peine
Et même si le vase en déborde
Tout passe, et tout n’est qu’éphémère
Mais l’essentiel, c’est la volonté
Reste toujours dans l’attente, ou même dans l’espoir
Mais ne désespère jamais
Demain, si Dieu le veut tu trouveras la quiétude
Et tu fonderas un foyer, comme tous les gens

Je n’ai pas trouvé ici, le bout du fil
Je ne fais que tourner en rond inutilement
J’en suis fatigué et las de monter et descendre
Si j’ai le dîner, le déjeuner je n’en n’ai pas
Tous mes voisins et les gens des alentours
Comme les gens du quartier, sont témoins
Toute la journée, je ne fais que soutenir les murs
Alors là, si je me marie, c’est la catastrophe

Cesse de pleurnicher et de te lamenter
Toi tu vis toujours dans les chimères
Tu es trop gâté, et tu aimes être bercé
Comme tu regardes trop quelques films
Qui te poussent à dire : je pars
Vivre là-bas, une vie de rêve
Admets-le et arrête de tricher
Car ton pays, n’a aucun reproche

Tu veux que je sois franc
Au fait, si tu comprends l’arabe
Ici, dans mes poches, il n’y a que de l’air et du vent
Et pour moi, la tourmente a perduré
Dans ma nature, je veux vivre bien
Et j’aime l’argent, sans modération
A chaque fois que je me relève, je retombe à nouveau
Alors, laisse moi partir. Fais-moi plaisir

Tu sais que la vie est un long combat
Il y a le riche, et il y a le pauvre
Juste un peu de dynamisme et d’actions
Ne sois pas avide, et ne dis pas : c’est peu
Et Dieu y mettra sa baraka
Et tu peux ici même, te faire une situation
Notre destin est commun et nous le partageons
Et puis celui qui veut réussir, il a tout le temps

Laisse moi partir, ö créature
Jusqu’à quand faudra t’il se fatiguer à attendre
Tu sais bien que les portes me sont toutes fermées
Et plus je tarde ici, et plus augmente mon obstination
Les autres en haut, mènent la vie de château
Et moi au fond, je me gave de tourments
Ils ne vivent que grâce aux tromperies et aux dols
Et moi, les bras croisés je reste dans mon p’tit coin.

Ne me trouve aucune excuse
Il n’y a pas de meilleur pays que le tien
Tu dis qu’il ne reste plus que le « sauve qui peut » d’ici
Mais fais comme les jeunes, de ton âge. Regarde tes seigneurs
Ils ont réussi ici même, et sans difficulté
Mais toi au fait, tu es juste fainéant ; ce n’est pas de ta faute
La pente, tu peux la voir en rampe
Alors, quant à moi désormais, je n’en ferai plus cas de toi

Merzak OUABED
Alger, 2005
Nb : Opérette au texte écrit en arabe en vers rimé pour un duo d’interprètes, mixte. Il est traduit à la langue française par l’auteur lui-même.
* Harraga : un terme du parler de l’arabe Algérien, populaire et familier, et qui dans le jargon des jeunes, veut dire : « brûleur » Initialement, il était utilisé pour désigner, quelqu’un qui brûle un feu rouge. Par la suite, et par extrapolation, il devient un terme désignant spécialement, celui qui brave les interdits des lois, et la légalité concernant les frontières (maritimes surtout), pour les traverser clandestinement, généralement en groupe (parfois à l’aide d’embarcation de fortune) afin de tenter de rejoindre l’autre rive de la méditerranée du Sud de l’Europe. Harraga veut textuellement dire : Brûleur, Harga : c’est l’opération elle-même, de la traversée clandestine.

 

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