Harraga

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13 mères de harraga à Oran dans l’attente

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Ving-trois août 2012-janvier 2014. Seize longs mois d’attente, d’angoisse et d’espoir incommensurable. 16 mois comme une parenthèse pour 13 mères du quartier Hay Yasmine et Saint-Pierre à Oran, dont les garçons ont embarqué clandestinement, à destination de l’Europe, dans la nuit du 23 août à partir d’une petite crique de Krystel, à l’est d’Oran. Il y a quelques jours, plusieurs d’entre elles nous confiaient leurs attentes et lançaient un appel à l’aide en direction des représentations consulaires algériennes au Maroc et en Espagne, plus particulièrement “pour savoir” comme elles disent. Savoir si leurs enfants harraga sont en vie, emprisonnés ou morts. Refusant de faire leur deuil sans le corps du fils si cher – “la mer rejette toujours les corps”, répètent-elles, et de s’accrocher à la lueur perçue comme telle par des appels provenant du Maroc et d’Espagne. Munies de leur portable, pour nous prouver qu’elles disent vrai, ces mamans affirment avoir reçu à maintes reprises des appels téléphoniques avec l’indicatif du Maroc et de l’Espagne parfois des cartes prépayées : “J’ai reçu des appels d’Espagne, et à chaque fois c’était un dimanche, mais personne ne parlait. Mon mari aussi a reçu des appels, cela ne peut être que Omar”, explique Kheïra, la voix nouée, et de poursuivre : “Un parent de mon mari qui a vécu en Espagne il y a longtemps a rappelé ce numéro, et un homme lui a dit que c’était la prison.” Keltoum, à son tour, raconte, en tenant dans la main une photo d’identité de son fils Mohamed, les appels portant l’indicatif du Maroc, elle les a enregistrés sur son portable : “On ne dit rien au bout du fil, j’ai rappelé ce numéro, mais en vain… Je reçois plusieurs appels du genre depuis que mon fils est parti, c’est lui j’en suis certaine.” Perdues, souffrant en silence de cette absence de l’enfant si précieux, parti sans rien dire, sans un long baiser, juste encore une fois un appel, la nuit du 23 août 2012 où les harraga âgés de 18 et 20 ans ont dit : “Nous partons en Espagne… Maman prie pour nous !” Pour les mères de Hay Yasmine, les autorités doivent les aider à effectuer des démarches pour retrouver la trace de leurs enfants, s’ils croupissent dans des prisons ou s’ils sont retenus dans des centres de rétention, elles revendiquent cette assistance de la part de l’Algérie. Harraga mais Algériens toujours. Alors entre-temps, les mères de Karim, Mohammed, Younès, Tayeb et leurs  9 autres copains de quartier espèrent encore et toujours avoir des nouvelles de leurs enfants. Les virées vers la crique de Krystel, les démarches auprès des morgues des hôpitaux du littoral sont des chemins de douleur que bien des familles de harraga connaissent. Dans les cas des 13 harraga de Hay Yasmine, le passeur connu sous le diminutif “Gabottis” n’a, lui non plus, jamais réapparu depuis la nuit du 23 août. Une seule des mamans jusqu’ici a choisi de faire une demande de visa au consulat d’Espagne. “Je vais y aller et je chercherai là-bas, moi-même, dans les prisons pour retrouver mon fils”, avait-elle promis.

 

 

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