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5000 Algériens détenus à l'étranger

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Accablant est le rapport rédigé par la Ligue algérienne pour la défense des Droits de l'homme (LADDH) sur les détenus algériens, à l'étranger. La ligue, et devant le silence de l'Etat, à propos de ce dossier, «l'Etat algérien a tourné le dos aux problèmes que vivent ses ressortissants, à l'étranger, notamment, les détenus», peut-on lire dans le document, rendu public, hier, a décidé de le prendre en charge. Houari Kaddour, membre du bureau national de la LADDH, chargé des dossiers spécifiques, a dépeint une situation, le moins que l'on puisse dire, délicate des Algériens détenus dans les prisons européennes et arabes, plus particulièrement. Il n'est un secret pour personne que la question des détenus algériens, à l'étranger, et principalement les conditions de leur détention, refait surface, épisodiquement, épousant l'actualité, souvent violente, de ces détenus, un peu partout, dans les geôles étrangères. Le rapport de la LADDH concerne, plus particulièrement, les détenus incarcérés en Irak, Maroc, Libye, Tunisie, Espagne, France, Italie, Suisse, Grèce, Bulgarie ainsi qu'à Guantanamo. La ligue reproche à l'Etat son refus de fournir des détails, à l'opinion publique, sur cette question et l'accuse surtout de ne porter «que très rarement assistance à ces détenus ». Cette absence de données chiffrées est, également, le fruit de l'attitude de certains pays qui refusent de coopérer «quand ce n'est pas les Algériens qui refusent de donner leur réelle identité aux autorités des pays dans lesquels ils se trouvent de peur d'être extradés et de finir en prison en Algérie, comme c'est le cas de harraga», explique le document. Ce dernier rapporte, quand même, certaines statistiques, mêmes partielles, récoltées sur la base d'informations partielles, collectées soit auprès des familles de détenus, dans les rapports des O.N.G et dans la presse, sur des articles de journaux. Ainsi, le plus grand contingent de détenus algériens est logiquement en France avec plus de 2.018 prisonniers suivis des Algériens emprisonnés en Espagne avec plus de 950 numéros d'écrou et plus de 893 en Belgique. En 2011, le journal «La Libre Belgique» publiait le chiffre de 582 Algériens détenus dans les établissements carcéraux belges, citant les chiffres de l'Office des étrangers, alors que Maggie De Block, Secrétaire d'Etat belge à l'Asile et la Migration, annonçait, devant les responsables algériens le chiffre de 5.000 Algériens détenus dans les centres fermés, précise encore le rapport de la ligue. En octobre dernier, 5 harraga algériens ont déposé plainte contre l'administration du centre de détention provisoire des étrangers, à Valence, en Espagne, pour mauvais traitement de la part d'officiers de police après avoir observé une grève de la fin. Les faits remontent au 11 octobre dernier, quand 20 ressortissants algériens qui ont entamé une grève de la faim, au centre de rétention à Valence, en signe de protestation contre leur détention, ont été surpris par la descente de la police espagnole qui s'opposait à leur action, selon la présidente de l'Association «Casa Argelia» (maison de l'Algérie) à Valence), Houria Souhili. L'Italie arrive, quant à elle, au pied du podium avec plus de 886 prisonniers. Plus de 400 détenus algériens, en Grèce et plus de 300 dont 20 femmes, en Bulgarie. En juin dernier, l'eurodéputée Les Verts/ALE, Malika Benarab-Attou affirmait que près de 200 Algériens sont détenus, depuis plusieurs mois, dans le centre de rétention de Busmantzi (banlieue proche de Sofia), en Bulgarie, entre autres nationalités, dénonçant cette situation qualifiée de «non-droit» ainsi que l'inaction des différentes autorités. Le secrétaire d'Etat chargé de la Communauté nationale à l'étranger, Belkacem Sahli, avait soutenu que le dossier est pris en charge par l'ambassade d'Algérie en Bulgarie, tout en affirmant que le chiffre avancé par l'eurodéputée est «exagéré». 32 Algériens sont, notamment incarcérés en Grande-Bretagne, 30 en Suisse et 15 au Luxembourg.

L'ENFER DES PRISONS ARABES

Le rapport de la ligue aborde, également, le cas des détenus algériens dans les prisons arabes où ils vivent dans des conditions épouvantables. Ainsi, ils sont plus de 500 à croupir dans les redoutables prisons marocaines, coupés du reste du monde et dans l'impossibilité d'informer leurs familles. La LADDH interpelle et l'Algérie et le Maroc «sur l'urgence de prendre les mesures nécessaires en vue d'informer les familles des détenus qui vivent dans l'inquiétude permanente». Plus sinistres, les geôles libyennes abritent 400 détenus algériens, alors qu'ils étaient 300, en 2011. Huit d'entre eux sont condamnés à la peine capitale, 22 à la prison à vie, 5 à l'amputation de la main, précise, encore, le rapport. Ils sont plus de 70 prisonniers algériens en Tunisie, plus de 55 en Syrie et plus de 23 en Irak, affirme la LADDH qui remet en question le chiffre officiel rendu public par les autorités algériennes. En février 2013, Belkacem Sahli avait déclaré qu'Alger avait reçu, officiellement, un engagement de Bagdad, à recevoir une délégation consulaire algérienne pour s'enquérir de la situation des ressortissants algériens détenus dans les prisons irakiennes. Les demandes algériennes s'articulent autour du droit de visite consulaire ainsi que l'obtention rapide des détails sur le déroulement des procédures judiciaires afin de s'assurer des normes applicables, censées garantir le droit de ses ressortissants à une défense équitable. En octobre 2012, dans la capitale irakienne, un détenu algérien, accusé de terrorisme, a été exécuté. Farouk Ksentini, le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des Droits de l'homme (CNCPPDH), lors de son passage à la Chaîne I de la Radio nationale, a affirmé que le procès n'avait pas été équitable. Toutefois, il a estimé que les 7 autres Algériens, condamnés à la peine de mort, ne risquent plus rien «grâce à la diplomatie algérienne». Quant aux 10 Algériens de Guantanamo, la LADDH considère qu'ils sont détenus, arbitrairement, par les Etats-Unis d'Amérique et de s'interroger sur le sort réservé à Djamel Said Ali Ameziane et Belkecem Bensayah relâchés, il y a plus d'un mois. Le document évoque, également, les quatre diplomates algériens, détenus au Mali par un groupe terroriste.

Quant aux causes de leur incarcération, 70% des Algériens sont des harraga, 17% sont en prison pour des infractions de droit commun, 7% pour trafic de drogue et 6% pour appartenance présumée à un groupe terroriste, comme c'est le cas, en Irak et à Guantanamo. Sur ce dernier point, la LADDH pense «que ces détenus sont, parfois, victimes de soupçons infondés et demande le droit de visite consulaire et l'obtention rapide des détails du déroulement des procédures judiciaires». Quant aux conditions d'incarcération, souvent décriées, elles vont des lieux de détention «insalubres, inhumains et dégradants», à «l'absence de séparation entre les détenus pour prévenir les abus (physiques et sexuels)», au «manque d'assistance juridique et de service médical régulier». La ligue souligne que certains détenus algériens dorment sur des matelas humides posés à même le sol alors que les traitements médicaux des internés souffrant de maladies chroniques sont interrompus. Le rapport pointe du doigt l'absence de contact et d'assistance consulaire ou diplomatique qui prive, dans certaines situations, le détenu algérien «de leurs droits à une défense équitable».

 

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