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Les immigrés de la sous-France d’Achour Oubareche

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Le titre “Les immigrés de la sous-France” bâti sur un jeu de mots qui ne manque pas de subtilité dit tout ou presque sur le contenu du livre. Mais la lecture du récit vaut bien le détour. Pour un moins une raison : il s’agit d’un témoignage à la fois authentique, original et désabusé sur une tentative d’émigration volontairement avortée. Achour Oubareche prend à rebrousse-poil le mythe increvable  de la France Pays de Cocagne pour le démolir à la serpe. Au fil des pages, l’auteur décrit avec une grande spontanéité, quelquefois même un peu primesautière, ses sentiments, passant de la curiosité fébrile de mettre les voiles vers un pays objet de phantasmes à la découverte de la dure réalité de l’émigration, celle que nos émigrés évitent de raconter par pudeur ou faux orgueil. Puis l’inévitable décision du retour au pays pour Achour, trop chevillé à sa dignité pour accepter plus longtemps le statut d’“indigène de la République”. En fait, raconte l’auteur, tout s’est vite enchaîné après l’assassinat du président Mohamed Boudiaf. Il ressent une boule d’angoisse “au niveau du sternum” et décide alors sans trop réfléchir de partir ailleurs. Priorité, le pays de l’érable, nouveau port d’attache des les Algériens en rupture d’amarres avec leurs pays, aux portes de l’enfer. Piste canadienne impossible, pour des raisons obscures, il décide alors de réajuster le cap sur la France. Et “bonjour tristesse”, car son séjour parisien vire au bout de deux ans au désenchantement. “Deux années qui auront duré un siècle. Qui auront suffi à casser le mythe, à briser tout espoir”, écrit encore l’auteur, la mémoire toujours vive, vingt ans après cette expérience sans lendemain. Les neufs  chapitres qui scandent le récit de Les immigrés de la sous-France décrivent à travers des rencontres, des situations, des personnages le quotidien des immigrés algériens en butte à la nostalgie, le racisme, la discrimination… Au mépris, tout court. Trop insupportable pour l’auteur du témoignage qui a choisi, sans regrets le chemin du retour. “Enfin le retour du grand jour était arrivé”, se réjouit-il comme pour exprimer une délivrance. Vingt ans après avoir vécu cette expérience traumatisante, Achour Oubareche, remis entre-temps de ses blessures, y revient pour, en quelque sorte solder un ultime compte au mythe de la France, terre promise. Témoignage catharsis donc que ce livre que tout candidat à la harga doit lire avant de se jeter à l’eau.

 

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